Espions, or nazi et laboratoire secret : le mystère de la gare terminus du train Canfranero

Le train centenaire qui traverse deux mondes en un seul voyage offre l’un des trajets les plus spectaculaires pour les amoureux de la nature.

Le train centenaire qui traverse deux mondes en un seul voyage offre l’un des trajets les plus spectaculaires pour les amoureux de la nature.

Le Canfranero est à la fois un moyen de transport et une destination en soi. Il y a cinquante ans, ce train historique se rendait jusqu’en France. Aujourd’hui, il relie Saragosse à Canfranc, commune située juste avant la frontière. C’est un excellent moyen d’atteindre lentement les Pyrénées tout en profitant du paysage et du trajet.

Une grande partie du parcours suit les rails utilisés lors de son inauguration en 1928. C’est un plaisir de constater que le paysage n’a pas changé depuis lors. Il reste immense et varié : du calme des vallées nichées entre les montagnes à l’impression saisissante produite par leurs grandes hauteurs. La difficulté du terrain a obligé à construire d’impressionnants ouvrages d’ingénierie, toujours en service aujourd’hui et toujours aussi fascinants. Après deux ans de rénovation de la ligne Huesca-Canfranc et une modernisation complète de 80 kilomètres de voie, le Canfranero a recommencé à circuler en juin 2025.

Un peu d’histoire sur le Canfranero

Ce train centenaire et international a commencé à être conçu au milieu du XIXe siècle, lorsque l’idée de relier les deux côtés de la frontière, notamment les villes de Saragosse et Pau, suscitait de grandes attentes. Ce n’est que trente ans plus tard, en 1882, que le roi Alphonse XII lança les travaux de construction. Près de cinquante ans après, il est officiellement inauguré.

Gare de Canfranc. | Shutterstock
Gare de Canfranc. | Shutterstock

Il a servi de moyen de transport entre les deux pays pendant les cinquante années suivantes, favorisant le développement des villages situés le long de son tracé. Cela a duré jusqu’en 1970, lorsqu’un train de marchandises a déraillé en France et a provoqué l’effondrement d’un pont. Cet accident mit fin à la communication transfrontalière. Depuis, de nombreuses tentatives de réouverture ont été envisagées. Certaines voies côté français sont encore en bon état, mais d’autres ont été abandonnées et reprises par la nature. Il faut dire que les Pyrénées imposent leurs lois.

Dans ce contexte historique, il faut également souligner le rôle de la gare de Canfranc,  aujourd’hui terminus, pendant la Seconde Guerre mondiale. Des officiers nazis se sont installés dans ses environs et une grande partie de leur or y a transité. La gare a également vu passer des membres de la Résistance française ainsi que de nombreux Juifs fuyant la situation en Europe. Elle fut un point stratégique majeur, relativement éloigné des combats.

Train vers le paradis

Le train part de Saragosse. Dans la première partie du trajet, il traverse notamment le paysage désertique des Monegros. Au siècle dernier, plusieurs villages y ont été construits pour repeupler ces terres arides et divers aménagements ont été entrepris. On peut aujourd’hui admirer des structures comme l’aqueduc de Tardienta, une impressionnante œuvre d’ingénierie de 877 mètres de long, construite dans la première moitié du XXe siècle. À noter que Tardienta est le plus petit village d’Espagne à posséder une gare AVE, le TGV espagnol.

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Le paysage de Los Monegros. | Shutterstock

La prochaine étape importante est Huesca. Sur ce tronçon, le train emprunte une ligne en service depuis 150 ans. Aujourd’hui, le Canfranero circule sur la même voie que l’AVE. À la gare de Huesca, le train entre et repart dans la même direction. Ensuite, il reprend sa route vers Jaca, sur un itinéraire qui devient plus spectaculaire. Cette section a été construite à la fin du XIXe siècle par la Compagnie des chemins de fer du Nord, dans le but de relier l’Aragon à la France.

Dans cette partie, les couleurs caractéristiques de la Hoya de Huesca surprennent les voyageurs, qui voient le relief devenir progressivement plus abrupt. Les gares typiques de l’époque des trains à vapeur se succèdent, tandis que l’immensité de la nature domine l’expérience. Il faut notamment observer les Mallos de Riglos, impressionnantes formations géologiques aux parois verticales, très prisées des grimpeurs du monde entier. Il s’agit de l’une des zones les plus montagneuses du parcours, qui longe également la vallée du fleuve Gállego. Peu avant d’arriver à Jaca, la Peña Oroel se dresse majestueusement, entourée d’histoires et de légendes.

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Mallos de Riglos, un rêve pour les grimpeurs. | Shutterstock

Sur le dernier tronçon, entre Jaca et Canfranc, le train franchit un dénivelé de 400 mètres. Cette section est en service depuis 1922 et suit la vallée du fleuve Aragón, offrant un paysage spectaculaire. Il est conseillé de s’installer du côté gauche du train. Les voyageurs ont parfois l’impression de voler, suspendus au-dessus du vide. Bref, les vues sont impressionnantes.

Canfranc, terminus du train

La gare de Canfranc se situe sur l’esplanade des Arañones. Il est possible de parcourir l’ensemble du site le long du flanc de la montagne, via un chemin appelé le Paseo de los Melancólicos. Le gare occupe un bâtiment dont les dimensions sont vraiment impressionnantes : 241 mètres de long. De style moderniste, il abrite les secrets déjà évoqués liés à la Seconde Guerre mondiale, mais aussi, aussi surprenant que cela puisse paraître, un laboratoire souterrain dédié à diverses recherches scientifiques. Le voyage compte, mais la destination aussi fascine.

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Gare de Canfranc. | Shutterstock

De Saragosse à cette gare, le trajet fait 188 kilomètres, et grâce aux rénovations, il dure désormais une demi-heure de moins. Pour l’instant, Canfranero est le terminus de ce train. Mais les habitants d’Aragon n’ont pas oublié l’époque où la connexion avec la France était directe, et l’idée de rouvrir la ligne reste d’actualité. Ce qui est certain, c’est que ce train historique et touristique mène au paradis, entre rivières, vallées et montagnes pyrénéennes.

Vous pouvez également lire cet article en espagnol et en anglais.