Voici la plus vaste ville d’Espagne : ce n’est ni Madrid ni Barcelone (et elle est classée au Patrimoine mondial)

Cette ville, avec ses 1750 km², dépasse en superficie les grandes capitales espagnoles et est un site classé au Patrimoine mondial de l’Unesco.
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Cette ville, avec ses 1750 km², dépasse en superficie les grandes capitales espagnoles et est un site classé au Patrimoine mondial de l’Unesco.

Classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco, Cáceres concentre dans son vaste centre historique une grande quantité d’églises et de palais de part et d’autre de sa muraille. Elle fut longtemps « l’estrémadure » (ou frontière) entre musulmans et chrétiens, mais aussi entre les deux partis de la cité. De plus, la ville est traversée par le Chemin de Compostelle et, avec ses 1750 km², elle occupe la première place dans le classement des plus grandes villes d'Espagne.

Un peu d'histoire sur Cáceres

Tour de Bujaco, ensemble monumental de Cáceres. | Shutterstock
Tour de Bujaco, ensemble monumental de Cáceres. | Shutterstock

Vers l’année 25 av. J. C. les romains établirent deux camps autour de la colline sur la quelle serait construite peu à peu la colonie Norba Caesarina qui deviendrait une ville importante de la Via de la Plata de laquelle plusieurs vestiges nous sont restés. Vers la fin du IIIe siècle, la ville fut dotée d’une muraille de protection dont nous conservons la Porte Orientale, de nos jours « Arc du Christ ». Cela n’empêcha pas que la cité soit dévastée au Ve siècle par les Wisigoths au point de la vider pratiquement de toute population. Nous n’en entendrons parler à nouveau que bien en avant dans le temps de l’occupation musulmane.

En 1147, le petit village est entouré d’une nouvelle muraille de torchis par le calife almohade Abd al-Munin qui en fit une place forte depuis la quelle se défendre des incursions chrétiennes. Elle fut prise en 1164 par le légendaire chevalier portugais Gerardo Sempavor qui, capturé trois ans plus tard par les gens de León à Badajoz, leur cèda Cáceres contre sa liberté. Cinq ans plus tard, la cité est reprise par les almohades. Aux débuts du XIIIe siècle, elle fut l’objet d’attaques continuelles des gens de León et à la suite d’un long siège, le roi Alfonso IX le 23 avril 1229, jour de Saint Georges (et patron pour lors de la nouvelle cité) en devint le maître.

Le roi lui donna un statut  juridique généreux qui attira un grand nombre d’habitants. Ceux-ci s’organisèrent en deux groupes, gens de León et gens de Castille qui seraient en constante compétition pour les 12 charges de régisseurs de cette cité « libre » (dépendante seulement du roi). Ces deux partis vivaient chacun dans son quartier et fonctionnaient pratiquement comme des conseils indépendants et affrontés, luttes qui se prolongeaient dans les rues et ne cesseraient qu’en 1477 lorsque la Couronne décida de nommer elle même les autorités, mettant fin aux disputes continuelles.

La Guerre de Restauration du Portugal causa de lourdes souffrances pour la population. En union avec les habitants de Alcántara, Badajoz, Plasencia, Mérida et Trujillo ils achetèrent une voix pour mieux défendre leurs intérêts dans les Cortes de Castille. À la fin du XVIIIe siècle, la Real Audiencia (Tribunal Royal) s’établit dans la cité, ce qui fit qu’elle fut déclarée capitale de la province de Haute Estrémadure en 1822, au détriment de Plasencia.

En 1936, Cáceres est prise sans combats par les troupes rebelles à la République, se déchainant une sanglante répression qui tuerait plus de cinq cents personnes. Le 23 juillet 1937, l’aviation de la République bombarda Cáceres causant 35 morts et de graves dommages dans le Palais du Mayorazgo et l’Église de Santa Maria.

Que voir à Cáceres, la plus vaste ville d'Espagne

Vue panoramique de Cáceres. | Dreamstime
Vue panoramique de Cáceres. | Dreamstime

Une muraille divise en deux zones la structure urbaine de Cáceres (aussi intéressantes l’une comme l’autre). Intra muros, on trouve les paroisses de Santa Maria et San Mateo, et hors murs celles de Santiago et San Juan.

Nous commencerons notre visite par la « partie antique », ou « ville monumentale » dans le Quartier d’en Bas connu aussi comme de « Santa Maria » par l’Église-Cathédrale de Santa María (XV-XVIe siècles) dont le clocher de trois étages domine l’ensemble. Au-dedans, trois nefs couvertes de voutes en croisées d’ogives propres du gothique et un grand retable important du XVIe consacré à l’Assomption de la Vierge. Dans la chapelle des Carvajal se trouve un célèbre Christ noir du XVe siècle.

Hors du temple et faisant angle nous voyons la sculpture de San Pedro Alcantara, œuvre de l’artiste contemporain Enrique Perez Comendador. Il fut dit, entre les gens de Cáceres que quiconque touche ses pieds aura de la chance… D’où l’usure éprouvée par ceux-ci en moins d’un siècle.

Sur la même place se dressent d’autres édifices importants de Cáceres, comme le Palais de Hernando de Ovando (XVIe), avec une très belle cloître. On trouve aussi le Palais de l’Evêché, dont on remarque l’élégant portail avec son arc en plein cintre et son doublé bossage. Il faut aussi voir les nobles demeures de Mayoralgo, Moraga ou des Golfin-Toledo, ainsi que le palais des Golfines de Abajo (XVe), sur la place des Golfines côtoyant celle de Santa Maria. Avec sa splendide façade plateresque c’est le plus beau de la ville.

Sur la proche Place du Conde de Canilleros est le Palais des Toledo (construit entre les XIVe et XVIIe) qui fut commandé par un petit fils de la princesse aztèque Isabel de Moctezuma, mariée au capitaine Juan Cano Saavedra (né à Cáceres). C’est de nos jours le siège des Archives Historiques de la Province.

Par derrière l’église-cathédrale on trouve le Palais de Carvajal (XVe) avec son balcon d’angle caractéristique, les armes et arc en plein cintre, connu comme la « casa quemada » (maison brûlée) à cause d’un incendie au XIXe siècle. Dans la rue des Tiendas on jouit de la vue magnifique sur la Tour de Espaderos où l’on voit encore les créneaux qui furent démolis sur ordre de la reine Isabel I pour que les propriétaires belliqueux n’en fasse pas leur place forte.

Une fois au cœur des murailles une autre place importante est celle de San Jorge, sur laquelle se dresse l’Église de San Francisco Javier avec en annexe le Collège de la Compagnie de Jésus, tous deux construits au XVIIIe, ils forment un bel ensemble baroque. Sur la façade de l’église, la statue du saint jésuite est flanquée de deux fines tours carrées aux toits en pyramides.

Nous irons maintenant dans l’autre quartier d’en Bas ou de San Mateo, dont l’église fut construite sur le site d’une ancienne mosquée. Sur la même place se dresse le spectaculaire Palais des Golfines de Arriba (XV-XVIe), authentique maison forteresse qui conserve une très belle cour à arcades de deux étages et au milieu de sa façade un donjon.

Pas loin on trouve le Couvent de San Pablo, de plan gothique, bien connu grâce à la vente de  biscuits artisanaux. Il y a aussi le Palais des Cigognes dont les créneaux de la tour ne furent pas démolis, car elle était encore en construction et appartenait de plus à un membre du Conseil Royal, Diego de Ovando. Enfin, le Palais de las Veletas (girouettes, XVe siècle) est le siège du Musée de Cáceres, où sont exposés d’importants fonds archéologiques, des beaux arts et ethnographiques.

Tout près de la place San Mateo, par la rue Conde se trouve la zone des adarves (chemin de ronde, qui longe toute la muraille intérieure). Adossée à l’un d’eux, sur la place Publio Hurtado est la « maison Miron », siège du Musée Municipal où se trouve documentée toute l’histoire de la ville depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours.

La communauté juive est particulièrement présente dans la ville de Cáceres. Elle a occupé deux zones : la Juderia Vieja dans les murailles et la Juderia Nueva hors-murs. La première coïncide avec le quartier de San Antonio et est parcourue par les caractéristiques ruelles étroites.

Hors murs est la Plaza Mayor, présidée par la Mairie (XIXe), y donnant la Porte d’Entrée à la ville monumentale. Ce fut le lieu du marché et nous y voyons la chapelle de la Paz (baroque, du XVIIIe siècle) ainsi que la Tour de Bujaco (romane, du XIIe siècle) de 25 mètres de hauteur, qui est l’un des symboles de la ville. Enfin, dans cette zone s’étendent deux quartiers qui portent les noms de leurs églises respectives : San Juan et Santiago.

L’Église de Santiago de los Caballeros est dans la zone de Caleros. Ses portails gothiques sont remarquables de même que le grand retable réalisé par Alonso de Berruguete en 1557. Il faut aussi contempler le Palais que fit construire le Gouverneur des Rois en Amérique, Francisco de Godoy (1563), sur lequel nous observons à nouveau un balcon en coin. Dans le même quartier, nous verrons aussi la néoclassique Audience Royale d’Estrémadure, construite en 1790 sur ordre du roi Carlos IV sur le site de l’Hospital de la Piedad dont elle conserve quelques éléments.

L’Église de San Juan Bautista (XII-XVIIe siècles) avec une très belle grille forgée Renaissance domine le quartier de San Juan, où dans les temps anciens avaient lieu les foires de bétails. De nombreux palais s’y dressent parmi lesquels nous citerons ceux de Paredes-Saavedra (XV-XVIe) et du Marquis de Monroy (XIVe). Dans la rue Pizarro se trouve le siège de la moderne Fondation Helga de Alvear, qui accueille une importante collection d’art contemporain.

Des informations pratiques pour visiter Cáceres

Coordonnées

39° 28′ 23” N, 6° 22′ 16” W

Distances

Badajoz 89 km, Mérida 67 km, Madrid 300 km

Vous pouvez également lire cet article en espagnol et en anglais.

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